Les 16 et 17 juin, la Peppol Conference Europe 2026 a réuni à Bruxelles des décideurs politiques, les autorités Peppol, des éditeurs de logiciels et des experts de toute l'Europe autour de l'avenir d'un commerce numérique interopérable. La Belgique y a occupé une place de choix. Premier pays à avoir rendu la facturation électronique B2B via Peppol obligatoire à grande échelle, notre pays fait désormais figure de cas d'école européen. Katrijn Messiaen (HoFP) y a représenté les experts-comptables et conseillers fiscaux au sein du panel belge, aux côtés de représentants du SPF Finances, du SPF BOSA, de la FEB, du secteur IT et d'Agoria.
Un big bang réussi ?
Dans son exposé, Wouter Bollaert (SPF Finances) a présenté une courbe d'adoption remarquablement rapide. Au 1er juillet 2025, seules 18 % des entreprises concernées étaient prêtes ; ce taux est passé à 70 % au lancement de l'obligation, le 1er janvier 2026, puis à 88 % début juin. La Belgique se rapproche ainsi de son plafond naturel, situé autour de 90 %. Au total, plus de 1,16 million d'entreprises sont aujourd'hui raccordées. L'offre a suivi la demande, avec plus de 475 solutions logicielles enregistrées. La période de tolérance du premier trimestre 2026, sans sanctions pour ceux qui pouvaient démontrer avoir entrepris les démarches nécessaires en temps utile, a contribué à adoucir la transition.
Taux d'adoption : 18 % (1er juillet 2025) → 70 % (1er janvier 2026) → 88 % (début juin 2026)
Mais le démarrage ne s'est pas fait sans heurts
Derrière ces chiffres élevés se cachait une phase de lancement difficile, qui a pesé tout particulièrement sur les plus petits cabinets et leurs clients. Durant les premières semaines de 2026, les difficultés pratiques se sont accumulées.
Les obstacles rencontrés dans les premières semaines
- Des factures en XML brut, à peine lisibles sans outil adapté.
- Des factures envoyées par le mauvais canal Peppol, qui n'atteignaient jamais leur destinataire.
- Des envois en double, voire multiples, qui faussaient les déclarations TVA.
Pour un petit cabinet, contraint d'absorber ces difficultés en pleine période TVA sans support informatique propre, la charge a été lourde. L'ITAA a relayé ces signaux aux autorités dès le départ et a plaidé pour davantage de marge de manœuvre. Elle a été obtenue : outre la période de tolérance déjà évoquée, il a été précisé que le droit à déduction de la TVA ne dépend pas du format technique de la facture.
Le président Emmanuel Degrève, qui a toujours soutenu la réforme, a rappelé à plusieurs reprises que le rythme restait trop soutenu pour les plus petits acteurs. Selon lui, les pays ayant réussi la transition le plus aisément ont avancé par vagues : d'abord les grandes entreprises, ensuite les moyennes, et en dernier lieu les plus petites. Son message central : la charge de conformité doit rester proportionnée à la taille du cabinet et de l'entreprise.
Ce que nous apprend le terrain
Pour les experts-comptables et les conseillers fiscaux, le message était avant tout opérationnel. L'expérience belge dégage cinq leçons.
C'est le client qui détermine le rythme, pas la technologie
Les cabinets dont les clients travaillaient déjà en numérique ont basculé de façon quasi autonome. Là où les clients restaient attachés au papier, c'est l'expert-comptable et conseiller fiscal qui a assumé l'ensemble du changement.
Peppol répond à la pénurie de personnel
On consacre nettement moins de temps à réclamer les factures d'achat manquantes et au traitement manuel, ce qui permet aux collaborateurs de se concentrer davantage sur l'analyse et le conseil.
Une chaîne ne vaut que par son maillon le plus faible
Une législation anticipée, des logiciels opérationnels à temps, l'accompagnement des experts-comptables et conseillers fiscaux et une marge de manœuvre suffisante pour les entreprises : tous ces éléments doivent aller de pair. La disponibilité tardive de certains logiciels a d'ailleurs généré une forte pression sur les délais.
Ne communiquez pas seulement l'obligation, mais surtout le pourquoi
L'adhésion ne naît que lorsque les entrepreneurs perçoivent les bénéfices : moins de charges administratives, moins de fraude à la TVA, davantage d'automatisation.
La prochaine étape est internationale
Les fournisseurs étrangers comme Microsoft, Google ou Meta n'envoient souvent pas encore de factures Peppol, si bien que ces documents doivent pour l'instant être encodés manuellement. À mesure que d'autres pays rejoindront le réseau, ce dernier traitement manuel disparaîtra lui aussi.
La communication est essentielle, et elle doit partir de ce que l'entrepreneur y gagne lui-même.Katrijn Messiaen (HoFP)
Et demain ?
La facturation électronique obligatoire est une étape, non un aboutissement. Dès 2028 viendra l'e-reporting et, avec le paquet européen ViDA, une déclaration numérique transfrontalière verra le jour à l'horizon 2030. Pour les experts-comptables et conseillers fiscaux, le rôle se déplacera de plus en plus de la technique vers le conseil : accompagner les clients dans la qualité de leurs données, l'adaptation de leurs processus et le raccordement à une chaîne toujours plus internationale.
La principale conclusion de Bruxelles ? Peppol n'est pas un projet informatique, mais un projet de transformation pour l'ensemble de la chaîne économique. Là où pouvoirs publics, éditeurs de logiciels, professionnels du chiffre et entrepreneurs avancent ensemble, les bénéfices dépassent de loin la seule facture numérique : des processus plus efficaces, un meilleur conseil et une profession résolument tournée vers l'avenir.