La profession comptable figure une nouvelle fois en bonne place sur les listes de métiers en difficulté de recrutement, et ce dans les trois Régions du pays. Dans son édition 2026, le VDAB classe l’expert-comptable parmi les dix principaux métiers en pénurie en Flandre. En Wallonie, le Forem confirme ce constat : l’expert-comptable et le conseiller fiscal figurent sur la liste des métiers en pénurie. Et à Bruxelles, Actiris et view.brussels placent la profession en bonne place sur leur liste des fonctions critiques. Pour nos membres, il ne s’agit pas d’un chiffre abstrait : la pénurie touche aussi bien leurs propres cabinets que les entreprises qu’ils conseillent au quotidien.
Que disent les chiffres ?
Pour 2026, le VDAB recense au total 227 métiers en pénurie. L’expert-comptable figure parmi les dix plus importants, aux côtés de l’infirmier et de toute une série de profils techniques de l’industrie et de la construction. Pour le marché de l’emploi wallon, le Forem publie une liste de métiers en pénurie au sein de laquelle la famille Banque – assurance – comptabilité – fiscalité compte notamment l’expert-comptable, le conseiller fiscal, le comptable interne et l’assistant comptable. À Bruxelles, Actiris et view.brussels publient quant à eux leur Liste des fonctions critiques – édition 2026 : dans la catégorie Comptabilité, finance, assurances, droit et immobilier, les fonctions de chef comptable, comptable et expert-comptable y figurent chacune comme fonction critique, cumulant les trois causes de tension recensées — pénurie de candidats, inadéquation qualitative et conditions de travail — et sont même identifiées comme fonctions critiques structurelles, ce qui signifie qu’elles sont réapparues en tension à plusieurs reprises au cours des cinq dernières années.
Pourquoi la profession est-elle sous pression ?
En Flandre et en Wallonie, la cause se situe surtout du côté de l’offre, et non des conditions de travail. En Flandre, le VDAB relève pour l’expert-comptable à la fois une pénurie quantitative (trop peu de candidats sur le marché de l’emploi) et une inadéquation qualitative (le profil et l’expérience ne correspondent pas). En Wallonie, pour l’expert-comptable et le conseiller fiscal, les employeurs pointent avant tout le manque de candidatures, auquel s’ajoute le profil du candidat — compétences techniques et expérience. À Bruxelles, le constat est légèrement différent : Actiris associe à l’expert-comptable les trois causes à la fois, conditions de travail comprises — un signal que l’attractivité du métier y pèse au moins autant que la relève elle-même.
Le contexte plus large
Le marché de l’emploi est un peu moins tendu que les années précédentes, mais les défis structurels demeurent. Le vieillissement entretient une demande de remplacement continue, et le VDAB souligne l’impact potentiel de l’intelligence artificielle : à mesure que les systèmes prennent en charge les tâches d’entrée de gamme, la demande se déplace vers des profils dotés de compétences plus spécialisées et plus pointues. C’est une évolution que notre profession connaît bien — automatiser les tâches routinières tandis que le besoin de conseil et de spécialisation, lui, ne cesse d’augmenter.
Pourquoi cela vous concerne doublement
La pénurie touche nos membres à deux niveaux, et ce dans les trois Régions. Comme employeurs, les cabinets éprouvent la difficulté de recruter des experts-comptables et des conseillers fiscaux, ce qui met en lumière la question de la relève, de la formation et de l’attractivité de la profession. Comme conseillers, vous le constatez de l’autre côté de la table : nombre de vos clients sont actifs dans des secteurs qui trônent en tête des listes de métiers en pénurie — construction, industrie, transport et logistique, soins de santé, horeca. Les pénuries de personnel y pèsent sur la gestion, les projets d’investissement et le coût salarial. L’expert-comptable et le conseiller fiscal sont aux premières loges pour en mesurer l’impact et le traduire en choix concrets.
Ce que fait déjà l’ITAA
Rendre la profession plus attractive figure de longue date à l’agenda de l’ITAA. Avec la campagne « Skip That Shit » — portée par un morceau techno et un clip du dj et producteur Amber Broos —, l’Institut s’adresse aux jeunes et rompt délibérément avec l’image poussiéreuse de la profession : la comptabilité et la fiscalité sont aujourd’hui affaire de vision, de conseil et de réflexion stratégique. L’ITAA mise par ailleurs sur un réseau d’ambassadeurs — des membres qui donnent eux-mêmes le goût du métier aux jeunes —, sur la collaboration avec les hautes écoles et les universités (notamment via des formations de type « post graduat, post bachelier ou master », menant plus rapidement au titre) et sur une Cellule Attractivité qui suit la relève et la soutenabilité du travail. Le baromètre ITAA prend le pouls du secteur : l’attractivité de la profession progresse, mais plus de neuf cabinets sur dix peinent encore à pourvoir leurs postes vacants. Récemment, l’Institut a également réuni des conseils concrets pour aider les cabinets à attirer et à fidéliser les jeunes talents — de l’image employeur au recrutement plus rapide, en passant par l’attention portée à l’équilibre vie privée-vie professionnelle.
L’ambition du nouveau conseil
Depuis le 23 avril 2026, une nouvelle direction est aux commandes : le président Emmanuel Degrève et la vice-présidente Caroline Meys, pour le mandat 2026-2029. Leur programme met l’accent sur la soutenabilité du travail et sur une revalorisation du titre — deux leviers qui pèsent directement sur l’attractivité de la profession. Le conseil entend faire évoluer l’Institut d’une instance de contrôle vers un partenaire proactif qui décharge ses membres au lieu de les alourdir, rompre avec le réflexe d’« ajouter sans cesse des obligations » et accompagner activement la profession dans la transition technologique. Car une profession plus soutenable et mieux positionnée est aussi une profession plus attractive — pour celles et ceux qui la rejoignent aujourd’hui comme pour celles et ceux qui y restent.
La pénurie d’experts-comptables et de conseillers fiscaux n’a donc rien d’une fatalité. L’ITAA continue de suivre les analyses du VDAB, du Forem et d’Actiris sur les métiers en pénurie et les fonctions critiques, pour son propre secteur comme pour les nombreux clients qui y sont tout autant confrontés.